Mes combats pour la biodiversité

La protection du climat va de pair avec la protection du vivant. Les combats sont intrinsèquement liés. La pandémie actuelle a par ailleurs mis en lumière les risques posés par un effondrement de notre biodiversité sur notre quotidien. Et le défi est grand comme en témoigne les chiffres alarmants de disparition d’oiseaux en France ou l’augmentation du nombre d’espèces menacées en Europe et dans le monde. Quelques jours après la journée mondiale de la biodiversité et alors que nous votons aujourd’hui en commission Environnement du Parlement Européen notre vision de la stratégie biodiversité européenne, je profite de l’occasion pour revenir sur les combats qui sont les miens, et qui peuvent, si nous sommes assez ambitieux, changer la donne :

Le Green Deal européen a établi le fait que l’accord de Paris pour le climat devenait une clause essentielle de notre politique commercial. C’est une avancée importante. Mais nous souhaitons aller plus loin : créer les outils qui permettent de sanctionner les atteintes à la biodiversité opérées par un partenaire commercial. Aujourd’hui, je m’oppose à l’Accord du Mercosur en l’état car, outre l’absence total de confiance dans le leader d’extrême droite brésilien, il n’y a pas de mécanisme permettant de garantir que cet accord ne contribuera pas encore davantage à la destruction de l’Amazonie ce qui est par principe totalement inacceptable.

Nous consommons chaque jour des produits comme le café, le chocolat ou du bœuf qui peuvent avoir contribué à la déforestation des forêts tropicales en Amérique du Sud, en Afrique ou en Asie. Par exemple, pour produire et exporter plus de soja, les exploitants brésiliens rasent parfois des pans entiers de l’Amazonie ou d’autres régions pour remplacer la forêt par des exploitations agricoles. Et c’est notre consommation de soja en Europe, pour nourrir notre bétail par exemple, qui déclenche ce cercle vicieux aboutissant à la déforestation des poumons de la planète. Pour y mettre fin, la Commission européenne sous l’impulsion du Parlement européen, et en particulier de la commission environnement que je préside, s’apprête à présenter en juillet une législation pour empêcher l’entrée sur notre marché de produits agricoles ayant contribué à la déforestation, notamment en demandant la traçabilité complète à toutes les étapes de leur fabrication. Cette mesure, si elle est assez ambitieuse, placera l’Europe à l’avant-poste des défenseurs d’une mondialisation plus régulée pour la biodiversité. Des entreprises opérant sur le sol européen ont déjà mises en place ce type de dispositif “zéro déforestation” et ont fait la preuve que c’était possible. Elle soutiennent aujourd’hui la proposition du Parlement comme en témoigne leurs récentes prises de parole.

Sans les abeilles et les pollinisateurs, une bonne partie de notre agriculture ne pourrait tout simplement pas exister. Et pourtant depuis plusieurs décennies leur déclin est alarmant. En 30 ans, plus de 75 % des insectes volants ont disparu en Allemagne. Ceci est notamment dû à l’utilisation de pesticides extrêmement dangereux pour leur survie. Je me bats ainsi pour changer les règles d’autorisation de mise sur le marché des pesticides en Europe. Notre cadre légale doit empêcher les produits qui détruisent la viabilité des ruches d’être utilisés, et protéger aussi nos apiculteurs. Le Parlement européen s’est déjà opposé en octobre 2019 à des mesures trop laxistes dans ce domaine, et nous exigeons plus d’ambition aux ministres de l’agriculture qui se réuniront sur ce sujet à la fin du mois de juin prochain. La France fait partie des quelques pays prêts à accepter une nouvelle méthode de mesure de l’impact des pesticides sur les abeilles qui soient basée sur la science. Nous nous battons pour continuer à faire bouger les lignes dans les autres pays.

La prochaine PAC est en cours de négociation finale. Réserver des espaces pour la biodiversité sur chaque exploitation agricole, assurer que les pratiques agricoles n’amenuisent pas la santé de nos sols, atteindre 25% de bio en 2030… font partie de mes priorités. Comme toutes les autres politiques, la PAC doit assurer sa cohérence avec les objectifs du Green Deal.

L’Europe s’est engagé à réduire de 50% l’utilisation et les risques des pesticides d’ici 2030. Cela passera par la révision de toute une batterie de législations avec pour objectif d’inscrire ce chiffre dans le socle de la loi et de l’accompagner des outils pour y arriver, notamment en favorisant le développement massif de pratiques agricoles réduisant la dépendance des agriculteurs vis-à-vis des pesticides ce qui allègera en plus les factures importantes qu’ils doivent régler pour leur achat. La commission de l’environnement a dans ce cadre réitéré (mais c’est la première fois depuis les élections de 2019) aujourd’hui sa position en faveur de la non réautorisation du glyphosate, elle-même allant de pair avec un accompagnement des agriculteurs. Pour assurer une concurrence équitable à nos agriculteurs exposés à un marché mondial, je porte avec le gouvernement notamment la mise en place de clauses miroir pour que les restrictions imposées à nos agriculteurs pour protéger la biodiversité en Europe, par exemple les interdictions de néonicotinoïdes, soient également prise en compte/voire appliqués par nos partenaires. Le chemin est ardu mais je comprends les agriculteurs excédés par cette concurrence déloyale et nous devons impérativement sortir de la situation actuelle.

Une grande partie de nos forêts ou de nos espaces maritimes sont dans un très mauvais état de conservation. La flore s’appauvrit et de nombreuses espèces n’ont plus d’habitat naturelle pour survivre. C’est pour cela qu’au cours de l’année 2021 l’Europe va porter un objectif de protection de 30% des zones maritimes et terrestres sur son territoire, puis au niveau mondial dans le cadre de la Convention pour la Biodiversité qui se tiendra à Kunming en Chine au mois d’octobre prochain. Nous portons également un objectif contraignant de restauration de notre territoire européen pour redonner de l’espace à la nature de façon proactive (par exemple en ré humidifiant les tourbières asséchées, ce qui permettrait de surcroît de stocker beaucoup de carbone dans ces sols).

Voilà mes principaux combats cette année pour la protection du vivant. Et pour que l’enjeu soit reconnu à sa juste valeur, ce qui est malheureusement encore trop peu souvent le cas, je soutiens la nomination au prix Nobel 2021 des scientifiques de la biodiversité réunis dans une instance appelée l’IPBES, équivalent du GIEC pour la nature. Le GIEC a eu le prix Nobel de la paix en 2007 et cela a contribué à inscrire le sujet climatique comme une priorité absolue. L’attribution du prix à l’IPBES pourrait générer cet électrochoc pour la nature dont nous avons besoin car notre espèce humaine ne pourra pas vivre de manière prospère si le capital naturel à qui nous devons tant disparait sous nos yeux.

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Député Renew Europe. Président de la commission ENVI du Parlement européen.

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Pascal Canfin

Député Renew Europe. Président de la commission ENVI du Parlement européen.