L’Europe présente la première loi au monde contre la déforestation importée

La Commission européenne vient de publier une nouvelle proposition de loi qui constitue un élément clé du Green deal et pour laquelle je me bats depuis deux ans : la première loi au monde qui va mettre fin à la déforestation importée.

De quoi parle-t-on ? Lorsque vous buvez une tasse de café ou mangez un steak vous risquez fort de contribuer sans le savoir à la déforestation des forêts primaires de notre planète comme l’Amazonie. En effet, les matières premières agricoles qui contribuent le plus à la destruction de ces forêts sont l’élevage, le soja qui sert à nourrir les animaux élevés chez nous comme les poulets, l’huile de palme, le cacao et le café. Pour ces matières premières, nous allons dorénavant mettre en place un système obligatoire de certification à l’entrée du marché européen. Si une tonne d’huile de palme arrive d’Indonésie ou une tonne de soja du Brésil dans un port européen et que l’acheteur ne peut pas prouver qu’elle n’est pas issue de zone non déforestée récemment alors elle ne pourra pas entrer dans le marché européen. Et il en est de même pour les produits fabriqués à partir de ces denrées de base, comme la pâte à tartiner ou les plats à base de viande congelée.

Le Parlement européen, à mon initiative, a beaucoup travaillé sur ce sujet de façon à fortement influencer la proposition de loi mise sur la table aujourd’hui par la Commission et qui entrera formellement en négociation entre le Parlement et le Conseil, lors de la présidence française de l’Union européenne. Le champ de la législation sera l’un des sujets chauds des négociations. Je me battrai pour qu’il soit le plus ambitieux possible, par exemple en faisant en sorte qu’une matière première comme l’hévéa utilisée pour fabriquer le caoutchouc, et qui est l’une des premières causes de déforestation en Asie du Sud Est, y soit aussi intégrée.

Pour arriver à ce texte ambitieux, nous avons travaillé avec les entreprises progressistes qui ont déjà pris des engagements consistant à supprimer la déforestation de leur chaîne de valeur. C’est un très bon exemple de coopération utile — et non de lobbying anti climat comme je le vois encore trop souvent — entre des législateurs et des entreprises. Cela correspond à la bonne méthode qu’il faut transposer à d’autres sujets : s’appuyer sur les entreprises leaders qui montrent la voie, qui montrent que concrètement on peut faire autrement puis utiliser la force de la loi et la puissance du marché européen, le deuxième au monde, pour imposer un changement systémique avec de nouvelles règles applicables à tous les acteurs économiques concernés. Dans ce cas précis nous allons par exemple imposer ces obligations de transparence et de certification zéro déforestation à des entreprises non européennes, comme le géant américain du trading de matières premières Cargill, pour toute sa production vendue en Europe.

Et ce que nous faisons sera, j’en suis certain, une force d’inspiration pour d’autres pays. Avec la délégation du Parlement européen à la COP 26 que je présidais, nous avons rencontré nos homologues démocrates du Congrès américain qui suivent au quotidien les politiques climatiques américaines. Et ils regardent de près ce que nous faisons, sur ce sujet comme sur une autre mesure emblématique du Green deal à savoir le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, pour faire la même chose demain. Nous sommes ainsi en train progressivement de changer les règles du commerce mondial pour injecter en leur cœur le respect des enjeux environnementaux. C’est un combat acharné avec des pays qui ne voient cela, parfois pour mieux occulter leurs pratiques anti-écologiques comme au Brésil, que comme du protectionnisme déguisé. C’est pour cela que nous avons prévu d’expliquer en détail le fonctionnement de cette législation aux responsables politiques au Brésil, en Colombie, en Indonésie, en Côte d’Ivoire, etc. pour montrer que nous sommes coopératifs et ouverts aux échanges, mais pas n’importe lesquels et pas à n’importe quel prix pour le climat et pour la biodiversité.

Ce texte, parce qu’il touche à la fois à notre consommation quotidienne et aux règles du jeu commercial mondiales avec des pays clés comme le Brésil est une innovation politique majeure dont nous pouvons être fiers.

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Député Renew Europe. Président de la commission ENVI du Parlement européen.

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Pascal Canfin

Député Renew Europe. Président de la commission ENVI du Parlement européen.