Le projet européen de Valérie Pécresse, c’est l’Europe d’il y a 20 ans

J’ai lu avec attention la tribune de Valérie Pécresse publiée dans Le Monde sur sa vision des politiques européennes. Et je prends le temps de la décrypter car elle repose sur tellement d’incohérences qu’elle affaiblirait directement et fortement la voix de la France en Europe.

Valérie Pécresse reproche à Emmanuel Macron “d’attendre l’aumône de ses partenaires pour financer son plan de relance”. Il faudrait sans doute que la candidate LR considère aussi que l’Allemagne et les autres pays européens font tout autant l’aumône puisque le plan de relance inédit que nous avons bâti en européen est justement un bien commun qui nous permet d’investir ensemble. Et ce plan de relance a été voté par toute la droite européenne, y compris par la majorité des députés LR au parlement européen ! Cette remarque est donc d’une hypocrisie absolue qui décrédibiliserait la parole de la France sur la scène européenne en quelques secondes… Les millions de personnes dont les emplois ont été préservés en France et en Europe grâce à ce plan de relance inédit de 750 milliards d’euros apprécieront qu’avec Valérie Pécresse à l’Élysée leur situation aurait été toute différente. Et les contribuables apprécieront qu’avec Valérie Pécresse ils auraient dû payer l’intégralité du plan de relance avec leurs propres impôts, alors que grâce à l’Europe ce sont ceux qui ne payaient pas d’impôts jusqu’à aujourd’hui comme les grandes multinationales ou les importateurs de produits polluants qui vont en payer la majeur partie.

Autre exemple d’incohérence radicale : la candidate affirme vouloir construire une Europe puissance. Mais dans le même temps, elle souhaite que la France “n’hésite pas à invoquer son identité constitutionnelle face à l’empiétement des jurisprudences européennes”. Derrière ce jargon assez incompréhensible se cache une idée simple portée pendant la primaire par tous les candidats républicains : lorsqu’une décision de la justice européenne ne plait pas à la France dans tel ou tel domaine (en l’occurrence l’immigration), la France doit pouvoir s’en exonérer. Mais dans ce cas comment construire la moindre politique européenne ? Car les Polonais s’exonéreront de toute politique en matière de droits des femmes, les Luxembourgeois de toute politique en matière de lutte contre les paradis fiscaux. La proposition de Valérie Pécresse est la même que celle des ultraconservateurs polonais au pouvoir à Varsovie, ou que celle de l’extrême droite allemande quand elle attaque la constitutionnalité de la politique de la Banque centrale européenne. Ce que propose finalement Valérie Pécresse derrière cette formule c’est l’inverse de l’Europe puissance, c’est l’Europe à la carte qui était justement le cœur de l’approche britannique. Un vaste marché sans Europe politique. Bref, l’exact opposé de l’Europe puissance.

Enfin, la candidate des Républicains présente comme des combats dans lesquels elle mettra toute son énergie à arracher… des batailles déjà remportées depuis deux ans grâce à notre action européenne. C’est le cas par exemple du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, idée défendue sans succès par la France depuis Jacques Chirac et qui est maintenant devenue une proposition législative européenne. Ou encore de la création de champions industriels dans la transition écologique puisque, par exemple, l’Alliance sur les batteries a permis de faire décoller comme jamais la production partout en Europe, et bien sûr en France, des batteries qui équipent nos voitures électriques au lieu de les importer de Chine.

Considérer qu’une campagne présidentielle permet de porter autant de propositions contradictoires et incohérentes c’est au fond se moquer des Français.

Député Renew Europe. Président de la commission ENVI du Parlement européen.

Get the Medium app

A button that says 'Download on the App Store', and if clicked it will lead you to the iOS App store
A button that says 'Get it on, Google Play', and if clicked it will lead you to the Google Play store
Pascal Canfin

Député Renew Europe. Président de la commission ENVI du Parlement européen.